Ad Vacarme

Ad Vacarme

1. La question de savoir s’il existe, en-deçà ou par-delà les races, un universel du genre humain, n’est pas une question de théorie mais une question pratique.

2. La querelle de l’existence ou de l’inexistence des races – qui est isolée des rapports de lutte – est un problème purement scolastique, une occupation de philosophe qui fait mal à la tête.

3. Le savant, l’intellectuel, l’universitaire radical-chic, ont le don de poser les problèmes de manière à empêcher leur résolution pratique. « Les races existent-elles ou sont-elles construites ? » OSEF ! Elles luttent. « Et l’humain, existe-t-il comme un universel qui transcende les particularismes et garantit un socle commun ? » Il semble bien que non. Mais il est trop tôt pour être définitif.

À propos de la vidéo d’Usul : « Mes Chers Contemporains : Elisabeth Lévy, la polémiste »

Mots-clefs

, , , , ,

Ne pas désespérer des blancs, espérer des indigènes

« Ne pas désespérer des blancs » : voilà ce que j’ai pensé après avoir vu le très bon docu-politique d’Usul (1). C’est aussi le titre que je n’hésiterais pas à donner, par exemple, à la soirée qui voudrait organiser sa projection-suivie-de-débat – sans rire. Sous-titre : « espérer des indigènes ». Et pourquoi pas ?

La vidéo a vite tourné sur les réseaux sociaux, notamment au sein de la gauche radicale, et c’est bon signe. Elle a sans doute provoqué quelques crispations chez certains et c’est très bien aussi. Mais ce qui m’a frappé, c’est le succès immédiat qu’elle a rencontré chez les indigènes. Beaucoup l’ont partagée accompagnée de commentaires très favorables – ce qui est aussi mon cas. Pourquoi ? Parce qu’en ces temps sales, se faire simplement comprendre et reconnaître, ça fait sacrément de bien. Après l’enthousiasme, l’émotion même, on doit pouvoir tirer une autre leçon positive du documentaire. Cette leçon n’est plus celle d’Usul, celle d’un blanc à l’adresse des blancs. Elle concerne les indigènes eux-mêmes.

Recomposition idéologique sous la pression indigène

En face des offensives islamophobes, la puissance politique indigène trace son chemin. Elle prend forme en s’organisant, même dans sa pluralité – ce qu’a confirmé avec force le meeting du 6 mars. C’est un fait politique majeur qui bouscule le jeu idéologique. En effet, la politisation de la puissance indigène, encore à ses débuts, impose déjà de nouveaux rapports de forces. Sous l’effet de cette contrainte, on voit les « lignes » bouger dans un double-mouvement de recomposition idéologique : 1°) recomposition interne du champ antiraciste autour des bons et des mauvais racisés à défendre : les musulmans, pour un peu qu’ils le soient vraiment, sont les mauvais ; 2°) recomposition plus large du champ politique français autour des fractures raciales (« culturelles »).

Briser le jeu idéologique pour abolir la fracture raciale

Bien sûr, ces fractures raciales ne sont pas le tout des fractures sociales, matérielles, qui font s’opposer les groupes sociaux en France. Mais elles en sont un point stratégique déterminant. Déterminant parce qu’il ne cache rien d’autre, n’est ni un vague « enfumage » ni une simple « diversion » masquant des enjeux plus fondamentaux. Stratégique parce qu’il peut briser le « jeu » idéologique (2).

Contrairement à ce que croit la gauche orthodoxe, poser le problème de la fracture raciale au cœur de la lutte politique ne revient pas à « tomber dans le piège » du « choc des civilisations ». Pas davantage, il ne s’agit de se faire imposer ce problème d’en haut, par un pouvoir qui cherche à diviser la « communauté nationale ». Depuis que la République est République, la communauté nationale n’a jamais existé sans ses sous-citoyens, ses indigènes. Les divisions raciales ne sont donc pas abstractions. Elles sont le fait d’une histoire politique déterminée, celle de la République Française. Par conséquent, il faut que nos amis matérialistes remettent (encore) à l’endroit cette mauvaise dialectique : la grammaire raciale des conflits sociaux n’a pas été imposée d’en haut (au contraire, le pouvoir blanc a tout intérêt à entretenir le mythe de l’égalité républicaine) ; elle l’a été par l’activité des luttes indigènes auxquelles a dû faire face et continue de devoir faire face le pouvoir raciste. De ce point de vue, l’actuelle prolifération des nouveaux experts en « insécurité culturelle » n’est qu’une réponse défensive à l’activité indigène. Elle représente la production intellectuelle sauvage du pouvoir blanc qui croule, son idéologie décadente. Et c’est parce que ce pouvoir est si croulant que sa production intellectuelle apparaît si grossière. La défense du privilège blanc ne tortille plus pour dire son nom. C’est comme telle qu’elle doit être politiquement combattue. Non pas comme théorie fausse qui fait le jeu de la droite, mais comme traduction idéologique de la contre-révolution coloniale.

À bas la République, vive la décoloniale !

Car voilà le point : sur les problèmes essentiels du racisme et de l’islamophobie, l’avantage du clivage gauche/droite est en train de se perdre petit à petit au profit d’un clivage décolonial/colonial-républicain. On le voit par les scissions internes aux partis de gauche concernant la gestion de l’après-Charlie (cela s’est fait publiquement chez EELV mais cela se fait plus discrètement un peu partout). On le voit encore par la position clairement décoloniale et fraternelle tenue par Usul dans sa vidéo – qui lui attire quelques commentaires instructifs de la part de ses camarades de gauche (3). La République, c’est-à-dire la République blanche historiquement existante, y est en effet contestée en tant que telle : à partir de son histoire conflictuelle et non plus seulement dans ses « dérives » laïcistes et racistes. Tant mieux ! C’est le résultat d’une conquête indigène.

Après le « merci » mérité et spontanément lancé à l’auteur de la vidéo, il faut donc saluer le travail de fond des diverses organisations indigènes. Ce sont elles qui se sont instituées comme sujets du documentaire, a fortiori comme sujets politiques de l’histoire de l’antiracisme en France. Par leurs luttes, leur travail idéologique et leurs actions politiques, elles obligent une part croissante de la société française à se civiliser. Mais le chemin sera long !

« Ce qu’ils nous cachent encore, ce qu’ils nous montreront, Eux ou d’autres parangons de raison, Ce que nous acceptons, ce que nous refuserons. Le chemin est long… Le chemin est long ! »

[La Rumeur « Le chemin est long » (4)]


  1. https://www.youtube.com/watch?v=05OaQNkZ_9E

  2. https://lehochiminh.wordpress.com/2015/02/13/la-republique-est-un-communautarisme/

  1. https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=905559989494883&id=153938251323731

  2. https://www.youtube.com/watch?v=LOSV7AWRUJo

La République est un communautarisme blanc sans avenir

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Sans communautarisme indigène capable d’exister politiquement, deux discours/stratégies s’opposeront pour maintenir le statut quo du communautarisme Blanc mais républicain. Pour simplifier, on peut personnifier ces deux discours à travers deux figures médiatiques facilement identifiables : Zemmour et Plenel.

La droite Zemmour

Le premier discours sera celui de la droite Zemmour qui réconcilie les identitaires, les sionistes et les intégristes républicains. Au niveau idéologique, il soutient que l’islam est l’ennemi intérieur de la République française. Au niveau politique, il vise à écraser la communauté musulmane, pourquoi pas la déporter, au minimum l’humilier ordinairement dans l’espace public. Ce discours a au moins le mérite de sa clarté : de son propre aveu, il est islamophobece qui n’a rien à voir avec du racisme, bien entendu. Cette « droite » Zemmour irrigue bien plus qu’à droite. De façon générale, on peut dire qu’elle manifeste une angoisse réelle : l’angoisse des Blancs face à la disparition de leur monde connu, seul monde qui leur est pensable, le monde de leurs privilèges (politiques mais aussi culturels, religieux). La droite Zemmour est donc à la fois l’expression romantique d’un regret anticipé et la protestation organisée contre cette anticipation.

La gauche Plenel

Le second discours sera celui de la gauche Plenel qui réconcilie les humanistes, les internationalistes abstraits, les républicains modérés et les « intégrés » revendiqués. D’après ce discours, la menace du communautarisme musulman est un fantasme d’extrême droite, une erreur de perception qui peut être corrigée. Les mots sont importants pour cette gauche cultivée : il n’y a pas de « communauté » mais une « population » musulmane. Population minoritaire, qui plus est ! Alors de quoi se plaignent-ils, les identitaires ? Chiffres et études à l’appui : les musulmans ne représentent QUE 8% de la population française, sont plutôt bien intégrés et ne posent pas les problèmes qu’on dit. Les français surestiment de beaucoup la menace d’une communauté qui n’existe pas. Il faut se garder d’essentialiser les musulmans qui ne sont pas en eux-mêmes des terroristes – merci les sciences sociales. Quant au « choc des civilisations », ça n’est qu’une théorie fausse – merci l’histoire globale.

Bref, selon la gauche Plenel, la République française fonctionne plutôt bien mais dysfonctionne çà et là. Si le communautarisme représente bel et bien une menace face aux promesses du pacte républicain, cette menace – Dieu soit loué ! – n’existe pas. Au pire, elle n’apparait que comme un résidu. Ou, dit plus proprement : comme le résultat résiduel de dysfonctionnements politiques. De tels dysfonctionnements sont donc justement compris sous l’angle politique (et non « culturel » ou « religieux »). Parfois même, la gauche Plenel peut les qualifier de « structurels » ou « institutionnels ». Ainsi, elle parle sans trop tortiller de racisme structurel responsable des divisions communautaires, de politiques publiques de ghettoïsation, etc. Et pourtant, toutes les conséquences du diagnostic ne sont pas tirées. Car jamais les structures ou les institutions de la République ne sont contestées dans leur existence. Seules leurs modalités posent problème : non pas la République Blanche réellement existante, mais son dévoiement identitaire ; non pas les structures elles-mêmes, mais seulement la manière par laquelle ces structures sont rendues effectives. Or, on le sait : une manière, ça se forme, se réforme, s’éduque si besoin. Bref ça se redresse1. Par conséquent, redresser ce qui est jugé comme simples dysfonctionnements, et par là même dissoudre sans le résoudre le communautarisme résiduel qui en résulte, est l’objectif déclaré de ce second discours bienveillant. En réalité, sa politique est une philosophie politique : mettre en place une vraie République et une vraie laïcité qui suppose une vraie gauche au pouvoir, etc.

On peut d’abord moquer cette foi absolue – c’est-à-dire, séparée de la réalité politique – dans les vertus de la République telle qu’elle devrait être. On peut ensuite parler plus clairement d’une connivence avec la République telle qu’elle est.

Briser le jeu idéologique

Pour des raisons historiques évidentes, le premier discours, celui de la droite Zemmour, est actuellement le mieux positionné pour élargir davantage encore son pouvoir auprès des puissances de la France postcoloniale. Quant au second, celui de la gauche Plenel, il paraît politiquement impuissant à combattre le premier. Il ne cesse de vouloir en remontrer à qui l’on n’en remontre pas : ses adversaires politiques. Il n’offre qu’une faible purgation des passions, sans aucune thématique d’action. Bref, il ne semble avoir d’autre fonction que de continuer le jeu idéologique gauche/droite, vraie gauche/le reste, voire bientôt démocrates/néocons. Or le propre d’un jeu, c’est de pouvoir être toujours recommencé. Pour sortir du statu quo, il faut donc briser ce jeu. Comment ? En portant à la droite Zemmour sa contradiction véritable. Et en l’affrontant de face.

La République blanche n’a pas de couleur

On peut remarquer deux tendances opposées, internes à la droite Zemmour. D’une part, un universalisme abstrait qui voudrait faire croire que la République n’a pas d’histoire – coloniale, notamment – et qu’elle flotte de droit au-dessus de la mêlée terrestre des groupes antagonistes : « La France est une République indivisible » dit la Sainte Constitution. Mais d’autre part, un certain réalisme politique qui lui fait assumer de fait le racisme comme son idéologie spontanée : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! »2

Résumons simplement cette tension républicaine : la République Française n’a pas de couleur… comme le blanc ! D’un côté, un universalisme décoratif ; de l’autre, un  racisme solidement ancré sous la forme du particularisme Blanc. En fait, la solidité du second constitue la condition du premier dans son aspect décoratif et purement verbal.

La cible de l’ordre Blanc : l’indigène in-digérable

Pour résoudre cette tension, la droite Zemmour ne fait pas semblant – et c’est pour ça qu’on l’aime bien. Elle ne s’intéresse qu’à une seule forme de gouvernement, celle qui permet à la République Blanche de durer. Comment maintenir la République Blanche quand les indigènes, leur histoire et leurs morts, sont « venus s’installer »3 en métropole et dégueulasser le « patrimoine » ? Voilà son problème, aussi vite tranché. Le maintien de la République Blanche passe par la désignation d’un ennemi intérieur : l’Islam. Et derrière ce monstre religieux abstrait brandit comme épouvantail, il y a surtout les Arabes et les Noirs en chair en os.

La gestion de l’après-Charlie a parachevé cette nouvelle étape de la « contre-révolution coloniale en France » (Sadri Khiari). Il n’est plus question de « maintenir à leur place » les populations indigènes. Celles-ci ont été déclarées ennemies de la République par le seul fait qu’elles existent en chair en os, c’est-à-dire avec une histoire qu’elles portent – dont l’Islam fait partie. C’est aussi la presque bonne nouvelle : l’indigène simplement existant est devenu in-digérable, inassimilable par la République Blanche. Bonne nouvelle puisque cela pose, enfin, le problème de l’existence de la République elle-même. Presque car les gémissements du Pouvoir Blanc qui se sait décrépit s’expriment déjà dans une violence panique à l’égard des indigènes. Aussi vaine est cette violence à vouloir maintenir ce qui s’écroule, elle reste réelle. Elle fait mal. Elle cible et touche. Aussi folle et hystérique semble-t-elle, elle manifeste en vérité une stratégie politique : la stratégie purement cynique de défense de l’ordre Blanc – dont l’affaire Charlie n’est que l’occasion d’un déploiement explicite.

Politisation de l’indigénat VS indigénisation de la politique

Par sa brutalité débridée, cette « défense » qui accuse et agresse, inquiète avec raison les indigènes. Mais il faut garder une chose à l’esprit : l’inquiétude la plus forte est du côté du pouvoir. Et cela se voit. Car désormais, cette inquiétude sort comme elle est. Elle se montre et s’exprime salement, sans fausse retenue, sans plus de pudeur ni honte artificielles. Elle voudrait faire taire jusqu’aux enfants ! Ce sont des signes qui ne trompent pas. La République Blanche sait qu’elle doit périr. Elle sait que son maintien acharné la voue en même temps à son pourrissement, et finalement à sa mort. C’est peut-être même cette prise de conscience qui engendre sa panique existentielle et les « sursauts » auxquels on l’enjoint. La République Blanche se débat, tressaute. Elle appelle à « traiter » les Musulmans, les Arabes, les Noirs, les Roms, comme on traiterait une infestation. Dans ce contexte, la « déradicalisation » annoncée au nom de l’union nationale a de sales airs de dératisation. Mais rien y fait. Il se trouve toujours en face des matraques républicaines, des indigènes dignes qui les vesqui, leur échappent et leur résistent. Bref, qui leur tiennent tête. Et ces têtes sont dures ! C’est pourquoi la République Blanche voudrait les coincer dans l’indigénat marginal et atomisé – en séparant le bon du mauvais muslim, le modéré (qui porte un jean) du fanatique (en djellaba). Sauf que cette même République travaille, malgré elle, à renforcer la puissance indigène qu’elle craint. Car la craignant, elle l’accuse, la cible, la traque un peu partout : derrière un voile, derrière une barbe, derrière un simple nom, derrière un faciès. Et la traquant sans relâche, elle la révèle, la lui montre plus claire encore qu’elle ne se savait déjà dans sa chair vécue séparément, dans ses os individuels sur lesquels tombent les matraques. Quel indigène ne s’est pas senti plus proche d’un Kouachi que de n’importe quel Charlie moyen « défilant » les rues et les plateaux télé ? Lequel n’a pas simplement constaté qu’un Eux et un Nous s’opposaient de fait, sous l’effet sciemment recherché de l’union nationale-républicaine en guerre ?

Il y a en France une fracture raciale, sociale, matérielle, qui est politiquement organisée. C’est elle qui détermine objectivement les camps et les solidarités. C’est donc cette fracture qu’il faut anéantir – certainement pas les solidarités des communautés opprimées qui s’y opposent. Le sentiment de proximité d’avec un Kouachi, absolument incompréhensible pour ceux d’en face, n’a bien sûr rien de terroriste. Il est celui d’une fraternité triste qui fait retour à soi intérieurement, entremêlant le seum, les doutes et l’impuissance. Une fraternité d’outre-bitume qui sait de près ce qu’est l’enfance misérable des frères Kouachi. Bien sûr, le risque serait d’en rester là : au niveau faible d’une impuissance isolée et vécue solitairement dans la « conscience malheureuse ». Mais le seum d’après-Charlie est comme chassé par la prise en charge politique et les réactions collectives qui s’organisent, se forment en contre des offensives islamophobes de l’État français. Une nouvelle fraternité se fait jour : la fraternité indigène des damnés du terter. Elle se moque d’excuser sociologiquement les crimes meurtriers des Kouachi et Coulibaly. Là n’est pas son problème. Par sa simple existence, par sa seule effectivité lourde de sens, cette fraternité accuse politiquement la République française d’être une garce. Tous égaux à la naissance, c’est bien joli, mais après ?  Après, c’est la politique et les rapports de force.

Ces accusations n’ont donc rien d’incantatoires. Elles sont actions. Elles œuvrent en pratique, dans les luttes engagées par les indigènes eux-mêmes. Combien d’affaires récentes qui n’ont pas conduit aux excommunications espérées par le Pouvoir Blanc, mais à la solidarité organisée envers les frères et sœurs lâchement ciblés ? Il y en a des tas, comme chacun sait d’expérience. C’est la preuve que les rôles s’inversent. Désormais, la puissance indigène se révèle au Pouvoir Blanc davantage encore qu’elle n’est révélée par lui. Elle s’affirme dans sa dimension collective, c’est-à-dire politique, de communauté qui résiste à l’ordre Blanc et ne rompt pas. Ainsi, l’indigénisation de la politique du gouvernement de Valls el Blanco qui intensifie le traitement d’exception des Musulmans, se traduit par la politisation toujours plus forte de l’indigénat qui lutte en France. La République Blanche, pourrait-on dire, est là « tombée sur un os » : l’os de l’indigène de la République. Et dans cet affrontement qui montre le Pouvoir Blanc dans toute sa crasse, l’indigénat attaqué se trouve renforcé par les résistances nettes qu’il sait opposer aux coups.

En finir avec le communautarisme Blanc de la République

Ces résistances renforcent l’indigénat non seulement dans la conscience qu’il a de lui-même mais encore et surtout du point de vue de sa force matérielle, sa cause politique et ses valeurs. Une valeur, dit quelque part Tran Duc Thao, n’est effectivement assumée que si elle jaillit de la situation effective. Dans les conditions actuelles, la fraternité indigène qui œuvre en défense des siens n’est donc pas un principe vide. C’est une valeur politique qui sourd de la vie réelle et de ses conflits déclarés. Elle donne son sens au goût du combat et de l’honneur qui anime les opprimés, à leur volonté d’en finir avec le communautarisme Blanc de la République française. L’indigénat comme puissance politique autonome ne sera pas renforcé par des conversions intellectuelles ou de simples adhésions verbales qui savent toujours trahir au moment décisif, mais par ce phénomène objectif qui oppose la politisation de l’indigénat à l’indigénisation de la politique.

En ce sens, l’indigénisation tendancielle de la société française désigne politiquement ce que les champions de la civilisation ont confusément nommé le Grand Remplacement. « Notre réalité démographique, écrit parfaitement Sadri Khiari, est déjà une réalité politique. Nous avons dépassé le ‘seuil de tolérance’ ! ». La peur du Grand Remplacement n’est donc pas un fantasme sans objet réel. Ça n’est pas une vague angoisse métaphysique. Disons-leur sereinement, à nos champions : la France des Jean-Pierre n’est déjà plus la France. Et la crispation identitaire – palpable dans les yeux vitreux d’Elisabeth Lévy – qui résulte de ce simple constat cache en vérité une crainte très terrestre : la crainte de se voir destituer de son hégémonie politique raciale, c’est-à-dire de sa main-mise (bien blanche et bien gardée) sur l’ensemble des institutions et pouvoirs collectifs de décision. Cette crainte peut être légitimement qualifiée de « tragique ». Pourquoi ? Car l’indigénisation tendancielle de la société française est un phénomène objectif contradictoire : politiquement nécessaire à l’évolution de la République Blanche et à son maintien hiérarchique, l’indigénisation produit en même temps, dans les rangs qui luttent en face, les conditions de l’abolition de la République Blanche.

Il est sans doute de bonne méthode de ne pas se laisser emballer par cette seule logique : jamais aucune condition n’a garantie son résultat, encore moins en politique. Mais il est de bon augure de savoir la puissance de cette contradiction. La politique ne se prophétise pas ; elle se fait. Il faut tâcher de la faire, inch’Allah.

Sous peu il fera jour !


1 D’où corrélativement une obsession quasi religieuse pour l’éducation populaire et le thème de la « transformation par l’éducation » – qui, comme on sait, oublie que l’éducateur lui-même doit être éduqué.

2 De Gaulle, idole de la droite Zemmour : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! ». Citation rapportée par Alain Peyrefitte, facilement retrouvée par une recherche Google. Le premier lien référencé renvoie, sans surprise, vers un blog « Terre d’Israël » qui voit dans cette citation une prophétie face à « l’invasion » musulmane en France.

Dans son livre La contre-révolution coloniale en France, Sadri Khiari a parfaitement expliqué Pourquoi il faut détester le général De Gaulle. Cet article s’inspire librement de ses analyses et plus largement de l’excellent travail idéologico-politique réalisé par la Parti des Indigènes de la République (http://indigenes-republique.fr/). Librement, c’est-à-dire qu’il ne les engage aucunement.

3 De Gaulle : « Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et les Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? »

Le Grand Remplacement (vu d’en face) [05/01/2015]

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , ,

Un spectre hante la France éphémère : le spectre du communautarisme. Toutes les sales têtes pensantes de la vieille France se sont objectivement réconciliées dans une laïque chasse à courre pour traquer ce spectre : derrière le Pape François de la République et Manu Ier Pontife, Onfray et Finkielkraut, Zemmour et BHL, Soral et les « antifa », Houellebecq et Rolin, et sans doute même Johnny (le rockeur) et Antoine (le hippie).

Laquelle d’entre toutes ses têtes n’a pas reproché à l’autre de flatter le communautarisme, de souffler sur ses braises, d’inciter les guerres de races ? De l’autre côté, exactement en face, quel indigène parlant en son nom propre n’a pas été excommunié de l’espace bourgeois de la République-Une-et-Indivisible pour discours communautaire divisant la société ?

Il en résulte trois choses :

1 – De toutes les formes qu’il prenne, le communautarisme est le résultat d’une division politiquement organisée qui le précède et qu’il veut abolir. Il n’est que la réponse nécessaire à cette division contingente qu’il subit.

2 – Car il les menace dans leurs privilèges, le communautarisme est déjà reconnu comme une puissance politique par tous les petits seigneurs de la République.

3 – Il est grand temps que tous les harraga de la République réalisent cette puissance et qu’ils opposent aux légendes agitées du fantôme communautaire, la vérité politique de sa chose existante.

G comme Guerre – Hollande champion de la civilisation [11/02/2013]

Mots-clefs

, , , , , , , , ,

[Détournement d’Angelica Liddell]

Si j’avais en face de moi un président de la France, je lui demand’rais :

Dis donc, toi, comment ça s’passe quand tu t’masturbes ?

Qu’est-ce qui te fait bander ?

Tu penses à des petites filles, à des petits garçons, à des bonnes du Sofitel ou bien à quoi ?

T’es quelqu’un de bien ou t’es pas quelqu’un de bien ?

Tu sais jouer au foot ou tu sais pas jouer au foot ?

J’te pose la question parce que t’es un champion d’la civilisation.

Et nous, on s’méfie ÉNORMÉMENT des champions d’la civilisation.

Les militants, les adhérents, les fondateurs, les chemises blanches comme les longues barbes, on s’en méfie.

Ils ont toujours une saloperie à cacher au nom d’une idée commune, d’un universel imaginé.

Ceux qui se parent d’éthique et de morale, de démocratie et de droits de l’homme, et qui s’en vont loin les prodiguer, on s’en méfie.

Ceux qui toujours vous parlent d’eux-mêmes très mal cachés derrière leurs idées nobles, chipées à gauche, à droite, et même pas comprises, ces fous tranquilles qui font la Guerre, très bien remplis de leurs phantasmes ; nous, on s’en méfie.

Alors dis-moi, champion, comment ça s’passe quand tu t’masturbes ? Parce que putain ! Tu te masturbes !

Tu sais ce qu’il t’arrivera si tu continues avec tes phantasmes à t’masturber ?

Tu finiras par t’faire imposer toi-même ton honnêteté à coups d’bite dans l’cul. Tu captes l’image, champion ? C’est pas une image, c’est du réel. Pas b’soin d’interprétation par la race sale de tous tes prêtres de l’inconscient, intellectuels, auteurs et sujets libres de l’esprit. Pas b’soin de mariage mignon, c’est très légal et ça s’appelle l’OTAN. Pas b’soin de bagouse, t’es attaché. Et tu voudrais t’mettre à quat’ pattes ? Les États-Unis derrière et le Qatar devant ? Préparer l’après Vieux-Monde qui déjà vient ? Y’a pas d’bon chemin, on te l’concède, mais là tu t’trompes, champion.

Les pires barbaries ont été commises au nom de la légalité. Alors remballe tes résolutions vingt je ne sais pas quoi.

T’es un champion ou t’es pas un champion ? T’as b’soin de résolutions ou t’as pas b’soin de résolutions ?

Vous, les champions de la civilisation, vous êtes experts dans l’art de vous raconter des histoires pour ne jamais faire de politique.

Experts dans l’art d’ériger des contingents sous d’inventées nécessités.

Experts dans l’art de laisser larvés tous les conflits en feignant – ô si plein d’emphase ! – les affronter.

Experts dans l’art de dissimuler des politiques réelles sous-stratégiques derrière les valeurs brandies crues stratégiques.

Bref, les champions d’la civilisation, artistes achevés de notre temps, philosophes-rois intronisés, romantiques vrais du sous-la-guerre et performeurs complets d’idées petites, on s’en méfie.

Si on savait tous ce qu’est le Bien, on jouerait au foot comme on respire : comme Zinédine, ouais.

Le Cas Nobel de la Paix : lettre de la Mer Méditerranée [12/12/12]

Mots-clefs

, , , , ,

J’ai vu avant-hier – le croiriez-vous – pour la première et l’unique la performance artistique du Président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland (1). Un chef d’oeuvre méta-situationniste ! Un détournement détourné ! « Le prix Nobel de la Paix revient à l’Union Européenne pour l’ensemble de son oeuvre » : comme dirait Alexandre Jardin (sic) – et il faut le comprendre dans le lot – chaque femme est un roman.

La dite Union prétendue Européenne, qui n’a aucune peine à réitérer chaque semaine le mensonge du grand sauvetage, nous prend pour des cons. Elle dit une chose jusqu’à ce que l’on désespère, jusqu’à ce que l’on y croie. Mais ça ne prend pas. Rien ne nous concerne dans ces fables : nous cherchons quelque chose de réel à nous mettre sous la dent. Et les gémissements politiques de ce début de siècle ne sont que les bruissements d’un monde ancien rêvé, et qui s’écroule. Et que nous écroulerons. On ne rêve que lorsque l’on dort. Et l’on sait depuis déjà qu’il nous faut ne plus jamais dormir.

L’aversion maladive, le fossé que la folie bruxelloise a créés et crée encore entre les peuples européens d’une part, entre « eux » et leurs voisins du « Sud » d’autre part – comme s’il y avait là deux blocs homogènes séparés par une imaginaire fracture –, les politiciens au regard myope et aux décisions promptes qui se sont élevés à la faveur de cette aversion et qui ne soupçonnent pas à quel point leur politique de vraie division et leur manque d’indépendance stratégique à l’égard des États-Unis constituent simplement un intermède, tous ces facteurs et bien d’autres dont il n’est pas encore possible de parler aujourd’hui font qu’on ne veut pas voir ou qu’on interprète arbitrairement et mensongèrement les signes indubitables où se manifeste le désir d’associations en Méditerranée. C’est là ce qu’un philosophe nommerait « illusion » face à ce qu’un autre appellerait « le devenir-méditerranéen réel de la fictive UE ».

Je dis, et loin du Moi imprimé des petites têtes romantiques : Il faut méditerraniser la politique (2) ; j’en exposerai autre part et plus longuement toutes les raisons. Car cette politique méditerranéenne me semble parfaite. Elle approche avec une allure légère, souple mais impérieuse. Elle est claire et seul son Midi crée quelques sueurs. « Tout ce qui doit être est lumineux, tout ce qui est divin flotte jusqu’aux vagues en furie » : première thèse de ma Politique. C’est une politique guerrière, stratège et armée : elle demeure malgré cela populaire – sa stratégie est celle d’une Mer faite machine de Guerre, non celle d’état-major. Elle est fuyante. Mais précise dans sa fuite : elle cherche des armes. Fuir, ce n’est pas du tout renoncer aux actions, rien de plus actif qu’une fuite. C’est le contraire de l’imaginaire. « Tout ce qui prend position dans la fuite trace du réel ; tracer du réel et trouver des armes, voilà la tâche ! » : deuxième thèse de ma Politique.

Mais la Méditerranée elle-même n’est pas une politique. Pas plus qu’elle n’est une suite de plages et d’oliviers. L’Alternative Méditerranéenne est une machine de Guerre pour une nouvelle politique – le devenir-olivier mythique de ses soldats ne tient qu’au pressentiment mondain d’un parallèle effort vers la lumière. Rien de mystique : l’olivier est à Minerve; Minerve est à la Guerre.

La question de la révolution a toujours été organisationnelle, jamais idéologique. L’AlterMed comme machine de Guerre implique une organisation en cercles olympiques, la multiplication de polygones étoilés dans un espace ouvert où les hommes et les bêtes se distribuent, par opposition à l’organisation en cercles concentriques du Vieux-Monde hiérarchiquement unionisé. Le net plus ultra de son modèle est le filet de pêche qu’elle tisse en réseau de noeuds problématiques. Elle le jette et s’y jette avec – en pleine Mer. Le devenir-poulpe du citoyen méditerranéen se situe dans sa résistance à l’Empédocle: il a appris à éviter les éruptions volcaniques et à en tirer avantage.

Camarade, où que tu sois, voilà une ligne de fuite à prendre et à faire – pas à réinventer. J’y reviendrai.

Salutations fraternelles,

Naqoyqatsi

(1) Bien que le nom pourra sonner imaginaire aux moins au fait de l’actualité, je veux préciser ici et d’emblée que l’affaire est bien réelle. Qu’on s’en persuade ici par exemple.

(2) En français dans le texte.

 

Hollande : illusionné normal [07/11/2012]

Mots-clefs

, , , ,

Dans l’illusion, c’est-à-dire la forme la plus courante de mise à l’écart du réel, il n’y a pas à signaler de refus de perception à proprement parler. La chose n’y est pas niée : seulement déplacée, mise ailleurs. Mais, en ce qui concerne l’aptitude à voir, l’illusionné voit, à sa manière, tout aussi clair qu’un autre. Cette vérité apparemment paradoxale devient sensible dès que l’on songe à ce qui se passe chez l’aveuglé, tel que nous le montre l’expérience concrète et quotidienne, ou encore apparemment plus lointainement, la pratique politique.

Hollande par exemple, à l’intérieur du roman vrai dans lequel il est plongé, voit bien, parfaitement et totalement, que la situation est critique : cette perception, qu’il accueille chaque jour sans broncher, n’est jamais remise en question. Et pourtant Hollande est aveugle non de ne pas voir, mais de ne pas accorder ses actes à sa perception. Ce qu’il voit est mis comme hors circuit : la crise de l’Euro, qui n’est pas qu’une crise de la dette non supportée par une « intégration politique », est perçue et admise, mais étrangement séparée des effets que sa reconnaissance devrait normalement entraîner sur le plan pratique. On peut dire que la perception de l’illusionné est comme scindée en deux (1) : l’aspect théorique (qui désigne justement « ce qui se voit », de théorein) s’émancipe artificiellement de l’aspect pratique (« ce qui se fait »). C’est d’ailleurs pourquoi cet homme après tout « normal » qu’est l’illusionné est au fond beaucoup plus malade que le névrosé en ceci qu’il est lui, et à la différence du second, résolument incurable. L’aveuglé est incurable non d’être aveugle, mais bien d’être voyant car il est impossible de lui « refaire voir » une chose qu’il a déjà vue et qu’il voit encore. Toute « remontrance » est vaine – on ne saurait en « remontrer » à quelqu’un qui a déjà sous les yeux ce qu’on se propose de lui faire voir. Dans le refoulement, dans la forclusion, le réel peut éventuellement revenir, à la faveur d’un « retour du refoulé » apparent, si l’on en croit la psychanalyse, dans les rêves et les actes manqués. Mais, dans l’illusion normale du Président Hollande, cet espoir est vain : le réel ne reviendra jamais, puisqu’il est déjà là. On remarquera au passage à quel point le malade dont s’occupent les psychanalystes figure un cas anodin et somme toute bénin, en comparaison de l’homme normal qu’est M. Hollande.

Note

(1) Le « texte et son double », sur quoi se fonde toute pratique de détournement, apparaitra ici plus clairement au lecteur familier de Rosset.

Hollande est une farce [31/10/2012]

Mots-clefs

, , , , , , ,

Hollande n’est pas le produit de la révolution populaire : le jeu banal du suffrage universel, qui ignore tout des grandes tâches historiques à résoudre, l’a hissé au sommet, lui, le faux plébéien fils de médecin qui a bien fait son chemin, du petit pensionnaire qu’il était à l’énarque voltairien, Président de la République Française qu’il est devenu, lui qui est dépourvu de brillant intellectuel, sans grandeur de caractère notable, sans aucune valeur exceptionnelle, car c’est un homme moyen de bonne volonté.

La plus grande victoire que la nouvelle France ait par lui jamais remportée, c’est d’avoir démontré qu’étant donné le niveau avancé de son organisation politique et sociale, il est possible que des gens de l’ordinaire, animés de bonne volonté, réalisent des tâches pour lesquelles la vieille France avait besoin de héros. Lui demander d’en être un par conséquent, un héros s’entend, c’est demander qu’un nain chausse les souliers d’un géant. Et seuls les minus, académiquement estradés sur leurs fausses prophéties, ont assez de faculté pour de telles opérations de l’imagination.

Hegel a remarqué en son temps qu’en réalité la comédie est au-dessus de la tragédie (1), tout comme l’humour ou l’ironie de la raison est au-dessus de son pathos. Si Hollande ne possède pas le don du pathétique dans l’action historique, il possède, en tant que personnage populaire moyen, son humour.

Le pire est passé, vous dites ? La reprise va arriver ? Hollande est une farce.

Note

(1) Marx fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages se répètent pour ainsi dire deux fois : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Il oubliait d’ajouter : les grands textes également.